Sciences biologiques : du nécessaire besoin d’objectivité et d’avoir un œil critique

La science est sûrement le domaine qui peut le plus se targuer de sa rigueur et sa justesse. Cherchant toujours la précision et les preuves, la quête de la vérité absolue est son but ultime. Mais est-ce toujours le cas ?

Pour rappel, afin qu’un scientifique puisse progresser dans sa carrière il écrit des articles qui contiennent ses travaux. Les articles sont validés par d’autres scientifiques examinateurs (« révision par des pairs »). Ces derniers sont recrutés de façon bénévole par les éditeurs spécialisés qui publieront ensuite les travaux. Ce service de publication est payant (et onéreux) pour celui qui veut rendre public ses travaux. La publication des articles scientifiques est le moteur de la recherche.

Donc, pour évoluer, les scientifiques sont astreints à publier régulièrement afin de justifier l’obtention de financements pour continuer leurs recherches. Cette course ininterrompue pour faire paraitre un article transforme progressivement la finalité des recherches en une quête pour la survie (pas d’articles = pas de financements = statut du chercheur remis en cause). Le leitmotiv de ce milieu illustre parfaitement l’état d’esprit : « publish or perish » [1]. Ainsi, pour parer ce système oppressant, certains optent pour une stratégie alternative peu vertueuse : la triche (ou, au mieux, orienter vicieusement leurs travaux vers le message qu’ils souhaitent donner).

La fraude scientifique gagne un intérêt croissant dans la sphère publique. Dernièrement, un scandale a fait surface à propos de la publication d’un article scientifique intégralement inventé par des journalistes pour tester une maison d’édition de journaux scientifiques [2]. Puis, une série d’enquêtes à propos d’éditeurs d’articles scientifiques peu regardants sur l’exactitude des travaux scientifiques présentés [3].

Quel est l’un des effets de ce système de publication par l’intermédiaire des éditeurs ?

Je pense une diminution de l’analyse critique et de la rigueur des scientifiques.

Premièrement, le système de maison d’édition a supprimé inconsciemment le regard critique. Le gage de lire un article qui provient d’un journal scientifique prestigieux a baissé le niveau de jugement du simple fait qu’il se trouve dans un « grand journal ». De la sorte, le filtre de sélection des d’informations et l’objectivité de l’analyse sont perturbés, pouvant générer de grossières erreurs d’interprétations et des conclusions erronées.

Puis, secondement, la pression de temps et d’argent a rendu certains peu scrupuleux dans les analyses qu’ils souhaitent publier. Tout cela dans le but de perdurer, même si il faut tricher.

Finalement, la recherche en biologie devient progressivement une machine à écrire corrompue. Cette élite intellectuelle qui normalement travaille pour le bien commun, en l’occurrence la santé, disparait lentement et se noie dans ses publications.

Ce système qui, selon moi, s’écroule lentement a provoqué la naissance de l’alternative des journaux scientifiques gratuits [4]. De la sorte, les travaux scientifiques sont disponibles et publiés librement. Terminés la pression de temps, d’argent et le souci de voir son article accepté par des examinateurs/éditeurs*.

La grande contrepartie est que les articles ne sont pas vérifiés, ni validés par d’autres. Ainsi, un retour radical à la rigueur et à l’analyse critique est strictement nécessaire pour utiliser les informations disponibles sur ces plateformes libres.

Serait-ce un renouveau de l’état d’esprit scientifique ? Devenu par la force des choses technique plus qu’objectif et pointilleux ? Je l’espère. La qualité sera alors favorisée par rapport à la quantité.

J’ai écrit dernièrement un article sur la justice dans le contexte moral et social. Ces récentes nouvelles du monde des sciences ne font que renforcer mon idée que la justesse et l’objectivité sont des qualités nécessaires à l’homme de bien. Cela est valable dans tous les domaines : professionnel, comme nous venons de le voir, mais aussi moral et social. La rigueur et la justesse sont définitivement des outils pour tirer notre jugement vers le haut, vers un idéal intègre, libre d’intérêts et d’émotions subjectives.

« Il faut conjecturer et soupeser, il faut scruter et calculer. » -Printemps et automnes de Lü Buwei

L’apprenti Confucéen

https://lecoledeconfucius.com

*: Je pourrai évoquer les conflits d’intérêts, mais un court billet ne me donne pas le loisir de le faire.

[1]: https://www.letemps.ch/sciences/2017/09/19/publish-or-perish-science-met-chercheurs-pression

[2]: https://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/26392-Fake-Science-journalistes-publient-fausse-etude-cancer-pieger-une-revue-scientifique

https://www.sciencesetavenir.fr/sciences/une-revue-scientifique-piegee-par-une-fausse-etude-sur-le-cancer_126006

[3]: https://www.lesechos.fr/idees-debats/sciences-prospective/0302009416273-la-science-au-rabais-les-fausses-recherches-sur-le-gril-2193644.php

https://www.lemonde.fr/sciences/article/2018/07/19/alerte-mondiale-a-la-fausse-science_5333374_1650684.html

[4]: https://www.lemonde.fr/sciences/article/2018/03/20/biorxiv-org-revolutionne-la-diffusion-des-travaux-de-recherche_5273699_1650684.html

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